Le 12 décembre dernier, les résidents de l’EHPAD Pierre Mauroy à Harnes ont vécu un après-midi bercé par les mots du poète. Dans les couloirs et les chambres de l’établissement, la compagnie Protéo est venue offrir une forme originale de rencontre avec la poésie, en déclinant les Contemplations de Victor Hugo dans un spectacle à la fois musical, physique et poétique.
Une compagnie protéiforme au service de la poésie
Créée en 2012 par Louise Wailly, la compagnie Protéo se distingue par sa capacité à mêler différentes disciplines artistiques. Les artistes de la compagnie ont exploré la musique, le corps et la voix pour proposer une lecture vivante et décalée des poèmes de Victor Hugo. « La poésie, souvent perçue comme classique ou ennuyeuse, peut devenir punk, contemplative, surprenante et originale », explique Camille Dupond, comédienne et chanteuse de la compagnie.
Joséphine Triballeau, contorsionniste et récitante, ajoute : « La contorsion, déplacée dans ce contexte, devient poétique et onirique. Et c’est toute la force de cette création : même face à des résidents qui entendent peu ou voient mal, il existe toujours une manière de leur transmettre la poésie de Victor Hugo. » Simon Hopin-Vena, compositeur, propose une composition électronique dont ne sont pas toujours coutumiers les résidents. « Ce n’est pas une musique que l’on entend tous les jours. C’est de la musique électronique, mais aussi des nappes sonores, des rythmes, des bruits de vent… En réalité, ce sont des ondes qui se transforment en vent, en eau, en pluie, en chants d’oiseaux. Un mélange atypique qui invite à une véritable contemplation auditive », explique le musicien.
Un lieu ouvert à la culture et à la rencontre
Cet événement s’inscrit dans la dynamique du tiers-lieu culturel de l’EHPAD, Culture(s) en sol mineur, inauguré il y a trois ans. « L’idée était de montrer que l’EHPAD est avant tout un lieu de vie, ouvert à tous les citoyens et porteurs de projets culturels ou sociaux », précise Laurent Viscar animateur socio-culturel. Le lieu accueille régulièrement des initiatives variées et permet aux résidents de découvrir des pratiques artistiques qu’ils n’auraient pas forcément l’occasion de rencontrer ailleurs.
Pour Laurent, l’accueil de la compagnie Protéo s’inscrit dans la continuité des expériences précédentes : « Ces projets apportent une plus-value à l’établissement et montrent que les résidents sont encore capables de participer à des créations et de vivre des moments précieux », explique-t-il.
Des rencontres qui surprennent et enchantent
Les artistes et le personnel ont été touchés par la réception du spectacle. « On arrive parfois avec des a priori ou des précautions, et on repart avec beaucoup de légèreté, confie Camille Dupond, Les résidents, qui au départ ne semblaient pas forcément intéressés, sont surpris, impressionnés et enthousiastes. Ils nous remercient, certains avec un grand sourire, et c’est très précieux. »
« Après tous ces passages en EHPAD, on repart avec un vrai sentiment de fraîcheur, on rit beaucoup. C’était complètement différent de ce à quoi je m’attendais : une expérience super, très rafraîchissante. On revient quand vous voulez », réagit Simon.
Pour Laurent, ces impromptus culturels sont essentiels : « La culture est un lien social incontournable. Elle permet de réunir les gens, de travailler la mémoire, l’imagination, le langage… et surtout, elle apporte de la vie, de la joie et de la surprise dans les EHPAD. »
Grâce à cette expérience, la poésie de Victor Hugo s’est fait écho dans les couloirs d’Harnes, transformant un après-midi ordinaire en un moment sensible où les vers, la musique et la contorsion sont devenues des passerelles vers l’imaginaire et l’émotion.
