Entretien avec Audrey Montigny, Directrice Projets et Animation Fédérative Udapei 62
Pouvez-vous vous présenter et nous présenter l’Udapei 62 ?
Je représente l’union départementale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis du Pas-de-Calais (Udapei 62). L’Udapei 62 est une association qui fédère sept associations papillons blancs issues du Mouvement parental du département. Elle représente 90 établissements et services, 2 660 professionnels qui accompagnent 5000 personnes en situation de handicap intellectuelle avec/ou sans troubles associés. Elle s’inscrit dans les valeurs promues par l’Unapei et répond à plusieurs missions. Plus précisément, elle a une mission de représentation des personnes en situation de handicap et de leurs familles, déclinaison départementale du Mouvement Parental ; une mission de Tête de réseau des Apei du Pas-de-Calais auprès des pouvoirs publics et une mission d’animation fédérative et gestionnaire. J’occupe actuellement le poste de directrice projets et animation fédérative au sein de cette union et suis en responsabilité de la coordination, du suivi des interventions proposées dans le cadre du dispositif « Plaines Santé ».
L’Udapei 62 s’inscrit dans la dynamique de ce dispositif depuis sa création. Les personnes accompagnées et les professionnels apprécient ces moments artistiques « impromptus » identifiées comme des « parenthèses culturelles ».

eDe manière générale, quelle politique culturelle déployez-vous ? Comment inscrivez-vous Plaines Santé dans votre programmation ?
La politique culturelle des APEI 62 repose sur l’accessibilité, l’inclusion active, les partenariats territoriaux et l’autodétermination, avec une approche centrée sur la personne et son épanouissement dans la société. La dimension artistique existe depuis de nombreuses années au sein de nos établissements et services. Aujourd’hui, nous comptons plusieurs artistes parmi les personnes accompagnées et les professionnels. Le dispositif Plaines Santé s’inscrit en complémentarité avec les projets et ateliers existants. Il permet la découverte de nouveaux médias artistiques, le partage de moments « décalés », « surprenants » dans des environnements professionnels mixtes. Ces rencontres sont porteuses de « petits bonheurs » et laissent une empreinte positive. Par exemple, plusieurs personnes qui travaillent en ESAT parlent encore aujourd’hui de leur rencontre avec un violoniste et une acrobate sur leur lieu de travail. Ce fut une source d’apaisement et d’émotions positives. Pour une autre saison, nous recherchions des artistes en capacité d’intervenir jusqu’au chevet des personnes les plus éloignées des espaces culturels et artistiques. Nous avons eu l’opportunité de travailler avec des artistes conteuses qui ont su s’adapter aux personnes les plus fragiles et soutenir la créativité d’autres personnes plus autonomes et plus indépendantes.


Quelles sont les facilités ou les difficultés de mise en place de ce genre d'impromptus ?
Plaines Santé permet de soutenir l’accessibilité, la découverte à la culture, à l’art en toute simplicité. Le cadre d’intervention est facilitant car les établissements et services ouvrent leurs portes aux artistes pour en échange leur permettre de délivrer leur art sans coût direct à prévoir. Le salaire de l’artiste est intégralement pris en charge par la DRAC, l’établissement ou le service qui accueille organise à minima la communication de cet événement et se positionne en médiation pour faciliter la communication, la connaissance des participants. Pour notre réseau, j’assure la coordination de ces impromptus et chaque site nomme une personne référente pour réaliser cette collaboration de proximité. L’accueil est toujours qualitatif et nous partageons un repas ou un goûter avec les artistes.
S’il y avait un frein ? Peut-être pourrions-dire l’effet de surprise. Le principe est de venir intervenir sur une demi-journée sous une forme presque éphémère. Les lieux proposés sont parfois « étranger » aux artistes comme par exemple un atelier professionnel ou un lieu de vie accueillant des personnes en situation de handicap plus important. A l’inverse, les professionnels se questionnent parfois sur l’intérêt de la rencontre pour finalement se laisser surprendre et apprécier ce moment partagé. Il est important de présenter le dispositif, nos associations et de soutenir la mise en lien entre les différents acteurs afin d’accueillir au mieux l’impromptu. Celui-ci bouscule un peu au début pour finalement prendre une place presque naturelle dans l’environnement des personnes.
Quel est le principal défi pour faire cohabiter ces deux univers ?
Le défi majeur est celui de l’adaptation et de la collaboration interculturelle. Il est essentiel de prendre en compte que l’accompagnement des personnes en situation de handicap ne relève pas toujours d’une expertise artistique.
Cela peut engendrer des sensations de décalages, nécessitant tolérance, ouverture,disponibilité et écoute. La présence d’un référent artistique au sein des établissements et services représente un atout majeur car il a une connaissance approfondie du public cible et de l’organisation. Notre collaboration Udapei 62 et BIP Arts et Santé soutient activement cette action. Nous facilitons les échanges et l’acculturation au langage culturel d’une part et médico-social d’autre part. Cette rencontre entre deux univers permet aux artistes de mieux identifier, comprendre les besoins des personnes en situation de handicap pour rendre l’art plus accessible à tous.

Photographies: Gabriela Téllez
